Période requinoise
La faculté, master recherche "Art de l'image et du vivant" :
De 2013 à 2017 il s’agissait pour moi de créer un monde peuplé d’hybrides hommes-requins, développant sous diverses formes une poésie singulière et renouvelée du corps. C’est au croisement de notions scientifiques, philosophiques, sociologiques et éthologiques que je joue ici avec ce que l’on pourrait appeler « la comédie humaine » dans ses paradoxes.
Ainsi ma recherche se présente déjà comme une mythologie personnelle qui établit des relations entre le requin et l’humanité, déterrant par là même les sédiments d’une culture secrète. J’expose ainsi des objets appartenant à cette civilisation fictive y désensablant ouvrage après ouvrage son histoire.
"Par ce travail, j’aborde entre autre la question de la vulnérabilité du corps ; du corps exposé, du corps consommé. La nudité y est appréhendée avec un regard d’enfant, elle est comme une empreinte indélébile qui se trouve naturellement accompagnée d’une profusion d’images percutantes ; souvenirs d’une diversité visuelle des corps et des sexes.
C’est dans cette vulnérabilité apparente du corps que le monde naturiste des Hommes a rencontré chez moi le monde de la pêche industrielle et illégale, plaçant cruellement et avec une brutalité inouïe le requin, grand prédateur, au rang de « corps victime ».
Ce rapport de force entre l’Homme et le requin de tout temps présent, trouve ici son sens mais aussi son paradoxe. Visitant de multiples aspects qui se déclinent dans cet animal pour moi, je passe de la représentation fantasmée de celui-ci, largement inspirée des mythes et récits historiques qui l’entourent, à une étude quasi éthologique mise à distance du pathos pour devenir une réelle démarche de création. L’image du requin me permet aussi de traverser certains phénomènes de société et d’aborder ainsi le cirque de cette comédie humaine dans laquelle nous évoluons. J’imagine et déploie un univers graphique et plastique, tentant de mettre en avant par le biais de l’humour ou de la dérision ses aspects parfois grotesques, décalés, grossiers même, aspects laissant paradoxalement toute la place à l’horreur qui entoure l’animal et son exploitation. J’oscille ainsi esthétiquement entre adoration, idéalisation, jeu et abomination. C’est dans cette distance que je cherche aussi à faire émerger ces liens extrêmement étroits qui nous lient, nous humains, à cet animal si particulier, mais aussi indirectement aux multiples mondes non-humains."
"L’éthologie...bien que centrée sur l’animal consiste finalement à redécouvrir la question du propre de l’Homme. Ces sciences nous poussent depuis peu à sortir du positionnement donnant à l’homme des attributs majuscules pour finalement en attribuer aux animaux, mettant en avant des qualités absolues comme la communication, la culture propre à des groupes d’individus. C’est ainsi que les frontières entre capacités humaines et animales s’amenuisent. Il semblerait cependant aux vues des dernières études qui ont été menées dans le domaine de la primatologie, que ce qui fait le « si spécifiquement humain », c’est sa capacité à regarder le monde séparément du besoin qu’il en a. J’en évoquais rapidement un des aspects au tout début de cette partie, rappelant le phénomène humain du signe, acte de signifier et de se donner un chemin signifiant : le langage chez l’Homme. Autrement dit, que l’Homme peut prendre du recul sur le monde et sortir des mécanismes instinctifs propres à sa survie. C’est le propre de la philosophie. L’être humain a donc la capacité de désigner le monde. Pour autant il ne peut la désigner que part son propre monde, il est donc nécessairement limité. Nous pouvons dés automatiser notre vie en la mettant à distance de nous, même s’il s’agit dans ce cas de passer à côté d’elle. Et là, c’est peut-être le propre de l’art ! L’art créateur d’illusion, d’échappatoire, mais aussi en ce sens créateur d’un outil, une sorte d’échelle, d’escabeau pour regarder le monde d’un point de vue plus large, plus en hauteur. Peut-être que ce sont ces illusions qui constituent une vie d’Homme ?! Mais voir de loin ne permet pas de voir la puissance de chaque éléments du monde, prendre trop de hauteur est aussi réducteur de sens. Ainsi...je tente de prendre suffisamment de recul pour avoir une vue d’ensemble sur les sujets à traiter, tout en restant dans mon Sujet , sorte de contrainte fondatrice , celle du requin, qui me permet de cibler ma forme dans l’immensité des sujets qu’offre notre monde avec ses limites. La vie humaine se dés animalise en permanence, nous sommes des animaux que nous ne sommes plus, car l’Humanité ne cesse de s’instituer. Etienne Bimbenet[1] a déclaré lors d’une émission Philosophie[2] sur Arte et au travers de son livre L’animal que je ne suis plus : « L’Humanité n’est pas acquise, il s’agit de devenir humain. » "
"L’art serait-il un symptôme de la perte de ce savoir vivre, de ce savoir voir de l’Homme ? L’art nous éloignerait-il, de par son caractère justement distancié, distrayant et intellectualisant, de notre capacité à être, avec le tout dans le tout, pour autant sans s’y perdre ou confondre, loin de la démence rencontrée en psychiatrie. ?
Et en cela, ma production, bien qu’explorant ces questionnements de manière implicite, par l’élaboration d’une idéologie requinoise qui s’en inspire, serait-elle complètement absurde, du fait même qu’elle aborde et absorbe comme matière artistique la société humaine et ses travers ?
Je crois que pour l’instant je me situe en effet dans ce paradoxe propre à l’être humain civilisé. Je l’assume et le questionne dans mes productions, comme dans mon quotidien.
L’absurdité du monde fait l’absurdité de mon être et génère celle de mon travail artistique...Je ne connais pas cette absurdité, mais je la devine, je ne sais pas comment en sortir et s’il le faut, mais peut être qu’un jour j’y parviendrais. Et ce jour-là, possiblement que je cesserai de créer pour me contenter de regarder."
"Est-il naïf de penser que le véritable problème de l’existence et de la création est de savoir aimer ? Aimer l’autre, aimer son sujet, et peut être même de savoir aimer au point d’être celui-ci en partie ?
Dans la Chine ancienne, un peintre, avant de commencer à peindre quoi que ce soit observait son sujet pendant des heures, des jours, des mois, des années, le temps qui lui était nécessaire pour devenir son sujet. Il n’y avait alors plus d’espace entre l’artiste et son sujet, il était lui totalement et c’est dans cet état qu’il pouvait commencer à le peindre."
[1] Etienne Bimbenet, philosophe contemporain, maître de conférences à l’université de Jean Moulin à Lyon III. Il s’intéresse principalement à la relation entre Nature et humanité.
[2] Programme de la chaîne Franco-Allemande Arte. Comme son nom l’indique il s’agit d’un programme philosophique.
- REIMS Cécile : Artiste graveur, écrivain. Représente surtout des métamorphoses. Connue à partir des années 50, 60.[1]
[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/C%C3%A9cile_Reims
- NORDSTROM Jockum: Artiste suédois réputé pour ses collages à partir des années 90.[1]
[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Jockum_Nordstr%C3%B6m
- SORIN Pierrick: Artiste vidéaste français, commence à se faire connaître dans les années 90, principalement pour ses auto-filmages burlesques.[1]
[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierrick_Sorin
- ZIEGER Brigitte: artiste féministe contemporaine allemande, a beaucoup travaillé sur l’image de la guerre.[1]
[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Brigitte_Zieger
- MEYER-BRANDIS Agnès: Artiste contemporaine allemande. Elle est connue pour ses projets expérimentaux de nature scientifique qu’elle transforme en œuvre d’art.[1]
[1] http://en.wikipedia.org/wiki/Agnes_Meyer-Brandis
- LIZENE Jacques : Artiste liégeois inventeur de « l’art nul ». Il s’autoproclame artiste de la médiocrité. Il ne cesse de produire des œuvres inintéressantes, vaguement humoristiques, stupides, toujours dans une critique radicale du système artistique.[1]
[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Liz%C3%A8ne
- GRIM Ann : créatrice designer contemporaine. Elle est en recherche de « l’unique et de l’exceptionnel ».[1]
[1] http://www.anngrimfurniture.fr/
- COTTENCEAU Geoffrey: Artiste photographe de la scène contemporaine. Sa carrière est intimement liées à celle de son acolyte Romain Rousset, lui aussi photographe. Leurs pratiques respectives s’inscrivent dans la dérision totale.[1]
[1] http://www.gwinzegal.com/cottenceau.html
-AOO (MENGIN benoit et LAVAL-JEANTET Marion) : Couple d’artistes français formé en 1991, spécialisé dans le bio art. Ils mettent l’écologie, comprise comme la science interrogeant nos conditions d’existence, au cœur de leur démarche artistique.[1]
[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Art_orient%C3%A9_objet
- BAXTER Iain : Artiste contemporain et professeur canadien. Né en 1936.[1]
[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Iain_Baxter
- VANMECHELEN Koen : Artiste conceptuel et scientifique belge. Né en 1965.[1]
[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Koen_Vanmechelen
- ISAACS John: artiste contemporain, Son art est révélateur des vérités désagréables de notre monde pré-emballé. [1]
- VON UEXKULL Jacob: Biologiste et philosophe allemand. Il est l’un des pionniers de l’éthologie et de la biosémiotique. 1864-1944.[1]
- SOURIAU Etienne : Philosophe français, spécialisé en esthétique.1892-1979.[1]
[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tienne_Souriau
- SHUSTERMAN Richard : philosophe Américain dont les travaux portent principalement sur l’esthétique. Il s’inscrit dans le courant du nouveau pragmatisme, et se fait connaître dans les années 80. [1]
[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Shusterman
- LESTEL Dominique: Philosophe et éthologue français. Il est également maître de conférences et chercheur. Il s’oppose aux représentations classiques de l’animal. Né en 1961.[1]
[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Dominique_Lestel
- KRISHNAMURTI Jiddu : Philosophe d’origine indienne. Il a développé une thèse reposant principalement sur l’idée qu’une transformation de l’humain ne peut se faire qu’en se libérant de toute autorité. 1895-1986.[1]
[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Jiddu_Krishnamurti
- DE MAISON ROUGE Isabelle : Historienne de l’art, critique d’art, membre de l’AICA, commissaire d’exposition indépendante, professeur à NYU in France, rédactrice en chefs d’Art et Flux, doctorante en arts plastique à la Sorbonne Paris 1.[1]
[1] http://art-flux.univ-paris1.fr/spip.php?article415
- HAECKEL Ernst: Biologiste, philosophe et libre penseur allemand. C’est lui qui a fait
connaître les théories de Charles Darwin en Allemagne. Il a également développé une théorie sur les origines de l’Homme. 1834-1919.[1]
[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Ernst_Haeckel
- FULCHIRON Helena: universitaire contemporaine, psychologue clinicienne, a rédigé une thèse sur « les théories infantiles de la mort » en 2012/2013.[1]
[1] http://fr.linkedin.com/pub/h%C3%A9l%C3%A9na-fulchiron/56/731/792
-FROMENT Alain: docteur en médecine et en anthropologie biologique. Il est également directeur scientifique des collections d’anthropologie du Musée de l’Homme, il a passé une vingtaine d’années en Afrique (Sénégal, Burkina Faso, Cameroun) à étudier l’écologie humaine et l’adaptabilité à l’environnement.[1]
[1] http://www.franceinter.fr/personne-alain-froment
- DESPRET Vinciane : Philosophe des sciences belge contemporaine. Elle est également enseignante et chercheuse l’université de Liège.[1]
[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Vinciane_Despret
- BIMBENET Etienne : Philosophe contemporain, maître de conférences à l’université de Jean Moulin à Lyon III. Il s’intéresse principalement à la relation entre Nature et humanité.[1]
[1] http://www.franceculture.fr/personne-etienne-bimbenet.html
-SATPREM : De son vrai nom Bernard Enginger, écrivain français proche d’ Aurobindo Ghose et Mirra Alfassa.[1]
[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Satprem
- PESSOA Fernando : Fernando Antonio Nogueira Pessoa, écrivain, critique, polémiste et poète portugais. 1888-1935.[1]



